Aller au contenu principal
Récolte de patates douces par les jeunes des Clubs Justice et Paix, Gitega, juin 2026

Visite de terrain d'un projet agricole d'un Club Justice et Paix

Ce jour-là, dans les collines de Gitega, on n'a pas vu de bureaux ni de tableaux blancs. On a vu de la terre sous les ongles, des bottes couvertes de boue, et des jeunes qui, sans le savoir peut-être, mettaient en pratique la Doctrine Sociale de l'Église avec une bêche à la main plutôt qu'avec un livre.

Le projet Consolidation de la cohésion sociale à travers la promotion du dialogue, de la gouvernance et de la réconciliation au Burundi a un objectif écrit noir sur blanc dans les documents de la CEJP. Mais ce que les 96 jeunes des Clubs Justice et Paix venus de 32 paroisses ont montré à Gitega, les 3 et 4 juin 2026, ne se lit pas vraiment dans un rapport — ça se regarde, et surtout, ça se sent.

Pépinière montée par les jeunes d'un Club Justice et Paix

Des milliers de petits sachets de terre noire, alignés au carré comme une armée patiente : ce sont les pépinières que ces jeunes ont montées de leurs mains, dans le droit fil de ce que la CEJP appelle, dans le vocabulaire qui structure toute son action, le développement durable. Chaque plant qui y pousse est une manière de répondre, avant même qu'on la pose, à cette question que tout adulte responsable devrait se poser : qui héritera de cette terre après nous ?

Un peu plus loin, d'autres membres présentaient leur récolte de patates douces — des seaux pleins, des mains sales de bonne fatigue. On était là dans un registre plus terre à terre, au sens propre du mot : l'autonomisation économique des jeunes, condition sans laquelle aucune cohésion sociale durable ne tient debout. Le conseiller du gouverneur de Gitega, venu assister aux présentations, l'a résumé à sa façon : ces jeunes-là apprennent l'entrepreneuriat, et c'est aussi de cela qu'est faite la vision d'un « Burundi émergent en 2040 ».

Élevage porcin, activité génératrice de revenus d'un Club Justice et Paix

Il y avait aussi, dans un enclos que l'on visitait avec le sérieux qu'on réserve aux grandes affaires, un cochon visiblement peu informé de son propre rôle pédagogique. Il ne le sait pas, mais il est déjà, à sa manière tranquille, une leçon d'élevage et d'économie familiale — l'une de ces activités génératrices de revenus que les Clubs ont adoptées pour ne plus dépendre uniquement de la pluie et de la patience.

Rien de tout cela n'a été simple, du reste. Les défis se sont ressemblés d'une paroisse à l'autre — accès aux intrants, soins vétérinaires, financement — et les jeunes en ont parlé sans se cacher derrière de belles présentations. Ce qui a suivi ressemblait presque à une petite foire aux solutions : les agents communaux référés pour l'agriculture, les vétérinaires pour les soins des animaux, et surtout la Banque d'Investissement des Jeunes (BIJE), dont le représentant a promis des crédits à qui saurait présenter un projet solide.

Restauration des sols par les jeunes d'un Club Justice et Paix

On restaurait aussi, ailleurs, des sols fatigués — de longues bandes de gazon soigneusement roulées, posées comme on poserait un pansement sur une terre qui a trop donné sans qu'on la soigne en retour. Rien de spectaculaire à l'œil nu ; tout, pourtant, relevant de la même conviction que la CEJP portait déjà quelques semaines plus tôt, lorsqu'elle appelait le Burundi à se réconcilier avec l'environnement. Ces jeunes-là n'ont pas attendu qu'on leur explique la théorie : ils l'appliquaient déjà, une motte de terre à la fois.

Les jeunes des Clubs Justice et Paix au travail sur leurs projets

Un encadreur présent l'a dit avec une justesse désarmante : ce sont des projets innovants, portés par un vrai leadership de jeunesse, qui retiennent les jeunes chez eux plutôt que de les pousser vers l'exil économique. Une pépinière, en somme, est aussi une manière de dire à un jeune qu'il a un avenir ici. Et c'est peut-être la définition la plus juste que l'on puisse donner, à Gitega comme ailleurs, de ce que la CEJP appelle la cohésion sociale.