
Une chose est de lancer un club ; une autre, bien plus délicate, est de veiller à ce qu'il continue de vivre lorsque le projet qui l'a fait naître aura fermé ses cahiers de suivi. C'est cette question de la pérennité qui a réuni, les 3 et 4 juin 2026 au centre Tereziya de Gitega, l'équipe de la CEJP et des CDJP, des curés paroissiaux, des autorités administratives, et les jeunes eux-mêmes — le tout sous la même bannière, celle du projet « Consolidation de la cohésion sociale à travers la promotion du dialogue, de la gouvernance et de la réconciliation au Burundi ».
En ouvrant la séance, l'Abbé Emile Ndayizigiye, Secrétaire Exécutif Permanent de la CEJP, a rappelé une évidence qu'on oublie facilement dans l'agenda pastoral : les jeunes ont toujours été au cœur de l'Église, du plus haut sommet jusqu'à la plus modeste Église domestique. Il a situé la rencontre dans la ligne des synodes diocésains, qui appellent le Burundi à la paix et à la réconciliation entre ses enfants — ce que la CEJP nomme, dans le vocabulaire qui structure son travail, la Vérité et réconciliation.
« Le nouveau nom de la paix, c'est le développement. »
— Pape Paul VI, cité par l'Abbé Emile Ndayizigiye en clôture de son mot d'ouverture

Il fallait voir la salle : vingt-deux curés de paroisses, sept Abbés Secrétaires Exécutifs des CDJP, des autorités administratives, et surtout des rangées entières de jeunes coiffés de casquettes blanches, venus de huit diocèses pour dire, chacun à sa manière, ce que leur Club avait accompli. Pas une convocation obligatoire : une salle pleine par conviction.
Plusieurs curés ont pris la parole avec une franchise qui les honore. L'un d'eux a reconnu simplement que le quotidien pastoral laisse peu de temps pour visiter les Clubs sur le terrain — et que cette rencontre lui avait enfin permis de voir, de ses yeux, ce qui s'y fait vraiment. Ce n'est pas un aveu de négligence ; c'est le constat, assez juste au fond, que la Bonne gouvernance d'une paroisse commence par savoir ce que font ses propres jeunes. Un autre curé a salué l'approche SILC — l'épargne et le crédit villageois — qui renforce à la fois l'autonomie financière des jeunes et un vrai leadership de jeunesse dans leurs communautés. Il a aussi abordé, sans détour, la question qui inquiète le plus les encadreurs : celle de la migration. Sa réponse a été un appel à la relève, plutôt qu'à la résignation — que ceux qui partent laissent leur place à d'autres jeunes actifs.

Du côté des autorités, le ton n'était pas moins encourageant. Le conseiller du gouverneur de la province de Gitega a salué, au nom du gouverneur, la présence de ces jeunes venus de tant de paroisses ; le conseiller administratif de la commune de Muyinga leur a lancé, lui, un défi amical : viser plus haut, se structurer en coopératives, seul moyen selon lui d'accéder vraiment aux crédits des banques et microfinances — avec, à la clé, la promesse d'un accompagnement communal.

On aurait pu croire, à voir tant de casquettes blanches alignées et tant de discours officiels, qu'il ne s'agissait que d'une cérémonie de plus. Mais l'atmosphère disait autre chose : celle d'adultes — curés, fonctionnaires, banquiers — qui prenaient enfin le temps d'écouter des jeunes, plutôt que de simplement leur parler.
En clôturant la rencontre, l'Abbé Emile Ndayizigiye n'a pas voulu se contenter de bonnes paroles. Trois engagements concrets ont été annoncés : la désignation, au niveau du Réseau CEJP, d'un responsable chargé du suivi des projets des jeunes ; la recherche de nouveaux partenaires pour appuyer leur auto-développement ; et la création d'un groupe WhatsApp réunissant les membres des Clubs, pour que les échanges entre paroisses ne s'arrêtent pas aux portes du centre Tereziya. Une dernière invitation, adressée cette fois aux curés eux-mêmes : continuer à multiplier les efforts d'accompagnement, et faire de ces jeunes « les piliers de la paix » dans leurs communautés respectives.

La photo prise ce jour-là devant le centre Tereziya vaut peut-être mieux qu'un long discours : des dizaines de jeunes debout, coiffés de blanc, une banderole à la main — celle de leur paroisse, celle de leur diocèse. Ce n'est pas seulement le souvenir de deux journées de travail. C'est une promesse photographiée : celle que la paix, au Burundi, aura des mains jeunes pour la construire, et des curés pour l'accompagner sans plus se retourner.